En bref#
Cet article est une information générale, pas un avis juridique. Il éclaire la décision que prend chaque campagne qui touche un fichier clients : avons-nous le droit d'utiliser les données de cette personne pour cette finalité, sur quelle base, sur ce marché ?
- La base avant la donnée Le RGPD n'autorise un traitement que sur l'une de six bases légales ; en marketing, les deux bases réalistes sont le consentement et l'intérêt légitime1.
- L'opposition l'emporte toujours Une personne peut s'opposer à tout moment à l'utilisation de ses données à des fins de prospection, et le traitement doit alors cesser1.
- Le Royaume-Uni inscrit désormais dans la loi la prospection comme finalité pouvant relever de l'intérêt légitime, mais attend toujours une mise en balance3.
- La Californie fonctionne sur des droits d'opposition, et de nouveaux règlements en vigueur depuis le 1er janvier 2026 imposent des analyses de risques pour la vente ou le partage de données à des fins de publicité ciblée6, 7.
- Le Golfe et l'Égypte L'Arabie saoudite exige le consentement pour la prospection et applique sa loi depuis septembre 20248, 9 ; l'Égypte a publié son règlement d'application en novembre 202512 ; celui des Émirats était toujours attendu en juin 202611.
Les messages électroniques ont en plus leurs propres règles de consentement, traitées dans consentement pour l'e-mail, le SMS et la messagerie.
Le RGPD : la base légale d'abord#
Le RGPD s'applique aux organisations établies dans l'UE, mais aussi à celles qui, hors de l'UE, proposent des biens ou des services à des personnes qui s'y trouvent ou suivent leur comportement1. Une marque de Riyad, du Caire ou de Dubaï qui cible des clients en France est concernée.
L'article 6 énumère six bases légales : le consentement, le contrat, l'obligation légale, les intérêts vitaux, la mission d'intérêt public et l'intérêt légitime1. Trois comptent en marketing :
- Le contrat couvre ce qui est nécessaire pour fournir ce que la personne a acheté ou demandé : la confirmation de commande, le SMS de livraison. Pas la newsletter1.
- Le consentement doit être libre, spécifique, éclairé et univoque, exprimé par un acte positif clair ; vous devez pouvoir le démontrer, et le retirer doit être aussi simple que le donner1.
- L'intérêt légitime couvre un traitement nécessaire à un intérêt qui vous est propre, à condition que les intérêts et les droits de la personne ne prévalent pas. Les considérants du RGPD indiquent que la prospection peut être considérée comme un tel intérêt1.
Deux autres règles pèsent sur le marketing. En ligne, le consentement d'un enfant ne vaut qu'à partir de 16 ans, ou d'un âge inférieur, jamais en dessous de 13 ans, si un État membre le prévoit1. Et les amendes pour violation des principes fondamentaux atteignent 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires annuel mondial, le montant le plus élevé étant retenu1.
Choisir la base légale d'un usage marketing (RGPD)
- 1Est-ce nécessaire pour fournir ce que la personne a acheté ou demandé ?OuiLe contrat, pour cette seule fournitureNon
- 2Une autre règle impose-t-elle le consentement, comme les cookies ou l'e-mail de prospection aux particuliers ?OuiLe consentement, tracé et facile à retirerNon
- 3La personne peut-elle raisonnablement s'y attendre, avec peu d'impact pour elle ?OuiL'intérêt légitime, avec une analyse écriteNonLe consentement, ou y renoncer
Les cookies et le traçage relèvent des règles ePrivacy, pas seulement du RGPD : stocker ou lire quoi que ce soit sur un terminal exige le consentement, sauf si c'est strictement nécessaire (ePrivacy, cookie). Dans son paquet numérique, la Commission européenne a proposé de transférer ces règles dans le RGPD lorsqu'il y a des données personnelles, avec un refus en un clic, l'obligation de respecter un choix pendant au moins six mois et des préférences réglées une fois, par exemple dans le navigateur14. C'est une proposition, pas une loi ; tant qu'elle n'est pas adoptée, les règles actuelles s'appliquent14.
Consentement, intérêt légitime et droit d'opposition#
Beaucoup d'équipes perdent du temps à débattre de la base une fois la campagne construite. Tranchez d'abord, finalité par finalité, et écrivez-le.
| Consentement | Intérêt légitime | |
|---|---|---|
| Quand il convient | Exigé par une autre règle, ou usage intrusif | La personne s'y attend et l'impact est faible |
| Ce qu'il faut prouver | Qui a accepté, quand, quoi, comment | Une analyse écrite : finalité, nécessité, mise en balance |
| Comment il prend fin | Par le retrait, aussi simple que l'accord | Par l'opposition à la prospection, qui l'emporte toujours |
| Usages types | E-mail de prospection aux particuliers, cookies, données sensibles | Offres postales aux clients, certaines analyses et segmentations |
Le droit d'opposition. Lorsque les données servent à la prospection, y compris au profilage qui y est lié, la personne peut s'y opposer à tout moment et les données ne peuvent plus être utilisées à cette fin1. Ce droit doit lui être présenté explicitement, au plus tard lors de la première communication1. En pratique, il faut une liste d'opposition unique que lisent tous les canaux : e-mail, SMS, envois d'audiences aux régies, centres d'appels.
Les autres droits. Les personnes peuvent demander l'accès à leurs données, leur rectification, leur effacement, leur portabilité, et ne pas faire l'objet de certaines décisions entièrement automatisées1. Une équipe marketing doit savoir où vivent ses données pour répondre dans les délais.
Les données confiées aux régies. Envoyer un fichier clients pour créer une audience similaire ou pour du reciblage est un traitement comme un autre : il lui faut une base, il doit figurer dans l'information, et les oppositions doivent l'atteindre.
Le Royaume-Uni après le Data (Use and Access) Act 2025#
Le Royaume-Uni conserve sa propre version du RGPD, modifiée par le Data (Use and Access) Act 2025. La loi range la prospection parmi les finalités pouvant être considérées comme des intérêts légitimes3. Il ne s'agit pas de la nouvelle base des « intérêts légitimes reconnus », qui se passe de mise en balance : pour la prospection, l'ICO attend toujours une analyse d'intérêt légitime, et ses lignes directrices révisées le 23 mars 2026 précisent que les organisations qui s'appuient déjà sur l'intérêt légitime n'ont pas à changer de base3. Certains conseils considèrent toujours le consentement comme la bonne pratique pour la prospection auprès des consommateurs5.
Au Royaume-Uni, la prospection électronique relève aussi des Privacy and Electronic Communications Regulations (PECR), qui s'appliquent en plus du UK GDPR2. La loi de 2025 a porté les amendes PECR au niveau de celles du UK GDPR4. Règle pratique : le UK GDPR dit si vous pouvez utiliser la donnée, les PECR disent si vous pouvez envoyer l'e-mail ou le SMS.
Les États-Unis : la Californie et la mosaïque des États#
Il n'existe pas aux États-Unis de loi fédérale générale sur la vie privée applicable au marketing. La loi californienne, le CCPA modifié par le CPRA, donne aux consommateurs le droit de connaître, supprimer et corriger leurs données, et de s'opposer à leur vente ou à leur partage pour la publicité comportementale inter-contextes7. C'est un modèle d'opt-out : vous pouvez souvent utiliser la donnée jusqu'à ce que la personne dise stop, mais vous devez rendre ce stop facile, y compris en respectant les signaux d'opposition des navigateurs comme Global Privacy Control7.
De nouveaux règlements de la California Privacy Protection Agency, désormais appelée CalPrivacy, sont entrés en vigueur le 1er janvier 20266. Ils imposent des analyses de risques notamment pour la vente ou le partage de données personnelles à des fins de publicité ciblée et pour le traitement de données sensibles6, 7. Les règles sur les technologies de décision automatisée s'appliquent à partir du 1er janvier 2027, et seulement aux décisions importantes (crédit, logement, emploi, santé) ; la publicité comportementale a été retirée des déclencheurs dans le texte final6. Si vous faites du marketing dans tout le pays, vérifiez si les autres États où vivent vos clients ont leur propre loi.
Arabie saoudite, Émirats et Égypte#
Arabie saoudite. La loi sur la protection des données personnelles est entrée en vigueur le 14 septembre 2023, avec un délai de grâce d'un an qui a pris fin le 14 septembre 2024 ; le régulateur est l'Autorité saoudienne des données et de l'IA (SDAIA)8. Le règlement d'application exige le consentement pour traiter des données à des fins de publicité et de prospection, et un moyen simple de cesser de recevoir des messages à tout moment9. La SDAIA a mis en consultation un projet de modification du règlement d'application du 6 octobre au 5 novembre 202610 : vérifiez le texte final.
Émirats arabes unis. La loi fédérale est le décret-loi fédéral n° 45 de 2021. En juin 2026, son règlement d'application n'avait toujours pas été publié, et une nouvelle autorité fédérale de l'intelligence artificielle et des données avait été créée, laissant ouverte la répartition du contrôle11. Les zones franches financières, DIFC et ADGM, ont leurs propres régimes de protection des données11. En attendant, alignez-vous sur votre marché le plus exigeant.
Égypte. La loi n° 151 de 2020 sur la protection des données personnelles a reçu son règlement d'application par le décret ministériel n° 816 de 2025, pris le 1er novembre 202512. Il organise l'octroi de licences aux responsables de traitement et aux sous-traitants par le Centre de protection des données personnelles, avec des redevances selon le nombre d'enregistrements, impose la notification des violations sous 72 heures et traite de la prospection électronique12. Sa publication a ouvert un délai de mise en conformité d'un an, et le Centre a publié des lignes directrices, notamment sur la prospection électronique13.
Où en sont le Golfe et l'Égypte, en octobre 2026
- Entrée en vigueur de la loi saoudienne
Un an de délai de grâce
- Loi saoudienne pleinement applicable
La SDAIA contrôle
- Règlement d'application égyptien publié
Début du délai d'un an
- Règlement émirien toujours attendu
La loi fédérale s'applique sans lui
- Consultation sur le projet saoudien
Jusqu'au 5 novembre 2026
Un exemple (illustratif)#
Un cas illustratif, pas une entreprise réelle. Un site marchand basé à Dubaï vend à des clients aux Émirats, en Arabie saoudite, en France et en Californie. Il veut utiliser l'historique d'achat pour envoyer des offres personnalisées par e-mail et charger son fichier clients sur un réseau social pour créer une audience similaire.
- Lister les finalités E-mails de commande (contrat) ; offres personnalisées (prospection) ; envoi du fichier (prospection et profilage).
- France Le RGPD s'applique parce que le site cible des personnes dans l'UE1. L'e-mail de prospection aux particuliers exige le consentement au titre des règles ePrivacy, sauf exception pour les clients existants ; l'envoi du fichier exige une base, une mention dans l'information et une voie d'opposition1.
- Arabie saoudite Le consentement est requis pour la prospection9 ; le site le recueille au paiement, case non cochée, avec un choix par canal.
- Californie Le partage du fichier avec une plateforme pour la publicité ciblée ouvre un droit d'opposition, et une analyse de risques est désormais requise6, 7.
- Un seul standard Plutôt que quatre parcours, le site applique partout la règle la plus stricte (un consentement distinct et tracé pour la prospection) et une liste d'opposition unique alimente tous les canaux.
Erreurs fréquentes#
- Choisir la base une fois la campagne construite Tranchez par finalité et consignez-le1.
- Noyer le consentement dans les conditions générales. Il doit être spécifique et libre1.
- Voir l'intérêt légitime comme une échappatoire Il exige une mise en balance écrite, et l'opposition prime1, 3.
- Oublier les envois d'audiences Une opposition qui arrête l'e-mail mais pas la régie n'est pas respectée1.
- Croire qu'une loi sans règlement est une loi sans dents La loi émirienne est en vigueur11 ; l'Arabie saoudite contrôle8.
- Ignorer les interfaces trompeuses dans les écrans de consentement. Refuser doit être aussi simple qu'accepter.
Passer à l'action#
Une check-list à passer cette semaine avec vos partenaires données et juridique :
- Cartographie des données ce que vous détenez, d'où cela vient, où cela se trouve, quels outils et partenaires le reçoivent. Une plateforme de données clients ou un CRM est souvent le point de départ.
- Registre des finalités une ligne par finalité marketing, avec sa base légale, les marchés couverts et la preuve.
- Preuves du consentement qui, quand, où, quel libellé, quels canaux ; un outil de gestion du consentement pour les cookies et les préférences.
- Une seule liste d'opposition pour les oppositions et les retraits, lue par l'e-mail, le SMS, les centres d'appels et les envois d'audiences.
- Des mentions d'information dans chaque langue de vos marchés, qui citent les envois aux régies et le profilage.
- Un contrôle par marché pour chaque pays du plan, avec les dates ci-dessus, et la check-list de lancement pour la validation.
- Un plan en cas de violation l'Égypte attend une notification sous 72 heures12 ; entraînez-vous avec la check-list de communication de crise.
À lire aussi : l'introduction au CRM et à la fidélisation, les données first-party et la page opérations marketing.
Pour aller plus loin#
- Le droit : le RGPD sur EUR-Lex1 ; le paquet numérique de la Commission14.
- Le Royaume-Uni : les lignes directrices de l'ICO sur la prospection électronique2 et sur les PECR après la loi de 20254 ; la DMA sur les lignes directrices révisées relatives à l'intérêt légitime3 ; Mayer Brown sur la loi5.
- La Californie : Skadden sur les règlements définitifs6 et la note du Future of Privacy Forum7.
- Le Golfe et l'Égypte : Latham & Watkins8 et Clyde & Co9, 10 sur l'Arabie saoudite ; Morgan Lewis sur les Émirats11 ; Al Tamimi12 et CMS13 sur l'Égypte.
- La suite du parcours : transparence des influenceurs et des recommandations, consentement pour l'e-mail, le SMS et la messagerie.
Sources
Chaque affirmation qui mérite d'être vérifiée, avec de quoi la vérifier.
- Regulation (EU) 2016/679 (General Data Protection Regulation)EUR-Lex, Publications Office of the European Union · 2016-04-27
- Guidance on direct marketing using electronic mail: what else do we need to consider?Information Commissioner's Office · accessed 2026-10
- ICO updates legitimate interests guidance after DUAA changesData & Marketing Association (DMA) · 2026-04-01
- The Data (Use and Access) Act 2025: summary of the changes to privacy and electronic communicationsInformation Commissioner's Office · accessed 2026-10
- The Data (Use and Access) Act: reform of the GDPR in the UKMayer Brown · 2025-06
- California finalizes CPPA regulationsSkadden, Arps, Slate, Meagher & Flom · 2025-10
- CCPA regulations issue briefFuture of Privacy Forum · 2025-10
- Saudi Arabia's data protection law enters into forceLatham & Watkins · 2023-12
- Saudi Arabia issues Implementing Regulations to the Personal Data Protection LawClyde & Co · 2023-09
- The SDAIA publishes draft amendments to the Implementing Regulations of the PDPLClyde & Co · 2026-10-08
- UAE establishes federal authority for artificial intelligence and dataMorgan Lewis · 2026-06
- From policy to practice: Egypt issues executive regulations of the Personal Data Protection LawAl Tamimi & Company · accessed 2026-10
- Egypt's PDPL: executive regulations issued, one-year compliance countdown beginsCMS · accessed 2026-10
- Digital Package: questions and answersEuropean Commission, Shaping Europe's digital future · accessed 2026-10