En bref#
Une pile martech est l'ensemble des outils qu'une équipe marketing utilise pour connaître ses clients, les atteindre, produire ce qu'elle leur dit et apprendre ce qui a fonctionné. Cet article éclaire une décision qui revient sans cesse : quoi ajouter, remplacer ou retirer, et à quelles conditions.
- Quatre couches. Les données (qui est le client et à quoi il a consenti), l'engagement (les canaux qui envoient et reçoivent), le contenu (ce qui est dit et montré) et la mesure (ce qui a marché). Le consentement et les préférences traversent les quatre.
- Un marché encombré. La cartographie 2025 publiée par Scott Brinker et Frans Riemersma recense 15 384 solutions, 9 % de plus que les 14 106 de l'année précédente, tandis que la génération précédente d'éditeurs se consolide et que des acteurs nés avec l'IA apparaissent1, 2.
- L'usage ne suit pas la dépense. L'enquête 2025 de Gartner sur les technologies marketing situe le taux d'utilisation des fonctionnalités de la pile à 49 %, et seules 15 % des organisations y sont classées très performantes3.
- L'intégration et la responsabilité font la valeur, bien plus qu'une liste de fonctionnalités : qui est responsable de chaque couche, quel système détient la copie de référence de chaque donnée, et comment en sortir.
Le marché dans lequel on choisit
Les quatre couches#
Une pile martech, de bas en haut
- Données
Fiches clients, événements, identité et consentement : CRM, CDP, entrepôt de données
- Engagement
E-mail, messagerie, réseaux sociaux, publicité, personnalisation web et mobile
- Contenu
Le site, la médiathèque et les gabarits de la marque : CMS, DAM, outils de création
- Mesure
Mesure d'audience, attribution, modèles de mix et expérimentations
Les données. Les fiches dont tout le reste dépend. Un CRM contient les personnes et les comptes avec lesquels travaillent les ventes et le service client. Une plateforme de données clients, selon la définition que le CDP Institute maintient depuis 2016, est un logiciel prêt à l'emploi qui construit une base clients unifiée et persistante, accessible aux autres systèmes ; l'Institut a ajouté en 2019 sa grille RealCDP pour que les acheteurs vérifient qu'un produit qui se dit CDP remplit bien les fonctions attendues5. Beaucoup d'entreprises disposent aussi d'un entrepôt de données auquel la finance et les analystes font déjà confiance. Le choix entre ces options fait l'objet de l'article données first-party et CDP.
L'engagement. Les canaux qui envoient et reçoivent : e-mail, messagerie, réseaux sociaux, médias payants, personnalisation sur le site et dans l'application. Chacun a ses règles et son introduction : l'e-mail, la messagerie, les réseaux sociaux, la publicité digitale. Les outils d'engagement collectent aussi des données, et cette collecte est encadrée : dans ses lignes directrices adoptées en octobre 2024, le Comité européen de la protection des données considère qu'un pixel de suivi dans une page web ou un e-mail relève de l'article 5, paragraphe 3, de la directive ePrivacy, la règle qui encadre le stockage d'informations sur l'appareil d'une personne ou leur lecture10.
Le contenu. Le site et son CMS, la médiathèque numérique, les outils de création et les gabarits de la marque. Cette couche garde la marque cohérente sur tous les canaux ; voir cohérence et adaptation.
La mesure. Mesure d'audience web et mobile, attribution, modélisation du mix marketing et expérimentations. Ce que chaque méthode peut dire, et ce qu'elle ne peut pas dire, est expliqué dans mesurer l'efficacité.
L'annuaire classe chaque plateforme par catégorie, ce qui permet de voir les options d'une couche côte à côte : plateformes de données clients, CRM, automatisation marketing, contenu web et DXP, gestion des actifs numériques et mesure d'audience.
Ce qui relie les couches : intégration et responsabilité#
Une pile vaut ce qui circule entre ses couches. Pour chaque connexion, notez trois choses : ce qui circule (événements, profils, audiences, consentements), dans quel sens et à quel rythme ; quel système détient la copie de référence de chaque champ ; et qui s'occupe de la connexion quand elle tombe en panne.
Trois types de connexions demandent une attention particulière.
- La collecte Les balises du navigateur envoient les événements à chaque éditeur. Avec le taggage côté serveur, le navigateur envoie une seule requête par événement à un serveur que l'entreprise contrôle, qui transmet à chaque éditeur ce dont il a besoin et peut d'abord retirer les données personnelles ; les cookies que ce serveur dépose sur un sous-domaine de l'entreprise sont des cookies first-party6.
- Les signaux de consentement Un choix fait dans un bandeau doit atteindre chaque outil. Le mode consentement de Google permet à ses balises d'adapter leur comportement à l'état du consentement7 et, dans la publicité en Europe, le Transparency and Consent Framework d'IAB Europe est le standard courant pour transmettre les choix des personnes aux éditeurs8. Le détail figure dans consentement, identité et cookies.
- La collaboration Une data clean room permet à deux entreprises de rapprocher et d'analyser leurs données pour des finalités convenues. Les recommandations de l'IAB Tech Lab, publiées en version 1.0 en juillet 2024, posent des principes, des fonctions et des technologies de protection de la vie privée communs, ainsi que leurs limites9.
Un responsable par couche (une répartition possible)
Les opérations marketing, avec le délégué à la protection des données
Les responsables de canal : e-mail, messagerie, médias payants
L'équipe marque
Les analystes, avec la finance pour les chiffres d'affaires
Formalisez cette répartition avec la matrice RACI de l'intégration ; la manière dont les opérations marketing la font vivre au quotidien est décrite dans opérations marketing et gouvernance et sur la page opérations marketing.
Développer, acheter ou assembler#
Il y a quatre façons de remplir une couche.
- Acheter une suite un seul éditeur couvre plusieurs couches. Moins d'intégrations à faire tourner ; plus de dépendance à une seule feuille de route et à un seul contrat.
- Acheter le meilleur de chaque catégorie l'outil le plus fort pour chaque tâche, reliés par des intégrations que vous maintenez.
- Assembler faire de l'entrepôt de données de l'entreprise la couche données et y brancher les outils, ce qu'on appelle souvent l'approche composable ou native de l'entrepôt. Elle convient aux entreprises qui exploitent déjà un entrepôt et ont des ingénieurs pour s'en charger.
- Développer écrire ses propres logiciels. Brinker décrit une « hypertail » de logiciels faits maison en forte croissance1, et l'IA rend les petits outils internes moins chers à écrire ; pas moins chers à maintenir.
Développer, acheter ou assembler
- 1Cette capacité est-elle un avantage que personne ne vend ?OuiDéveloppez-la, et budgétez sa maintenanceNon
- 2L'entreprise exploite-t-elle déjà un entrepôt de données, avec des ingénieurs pour s'en charger ?OuiAssemblez : branchez les outils sur l'entrepôtNon
- 3Les couches d'un seul éditeur couvrent-elles l'essentiel du besoin ?OuiAchetez la suite, et vérifiez comment en sortirNonAchetez le meilleur de chaque catégorie et intégrez
Quelle que soit la voie, comptez tout le coût : licences, mise en œuvre, intégration, personnes qui font tourner les outils, et coût de sortie. Les personnes sont souvent la contrainte décisive. Dans l'enquête de Gartner auprès de 413 responsables martech à la mi-2025, la moitié déclaraient que leur organisation n'avait pas la maturité technique et data nécessaire aux agents IA, et la moitié citaient une pénurie de compétences techniques4.
Vérifiez que l'éditeur sera encore là. Avec plus de quinze mille produits sur le marché et une génération précédente qui se consolide1, 2, les rachats et les produits arrêtés font partie du risque. Demandez à qui appartient l'entreprise, ce que sont devenus les clients des produits qu'elle a fusionnés ou retirés, et ce que prévoit le contrat si le produit est cédé ou abandonné. Un préavis court et un export complet des données protègent mieux que toutes les assurances données en rendez-vous commercial.
Évaluer les fournisseurs#
- Écrivez trois à cinq cas d'usage sous forme de tâches, avec les données nécessaires à chacune : « envoyer une relance de panier dans la journée aux personnes qui ont accepté l'e-mail ». Les fonctionnalités découlent des tâches, pas l'inverse.
- Retenez deux à quatre candidats. Trouver sa pile pose trois questions simples et explique ses suggestions ; Comparer met deux à quatre plateformes côte à côte, par exemple deux plateformes de données clients.
- Vérifiez les six critères que l'annuaire publie pour chaque fiche (transparence, interfaces, tenue des promesses, consentement, données et conditions commerciales), décrits dans la méthodologie.
- Demandez une démonstration de vos cas d'usage sur vos propres données, pas une démo scénarisée. Prudence avec les promesses d'IA : 45 % des responsables martech qui testent ou exploitent des agents IA d'éditeurs ont déclaré à Gartner que ces agents n'atteignaient pas la performance promise4.
- Lisez les conditions de sortie avant le prix : export des données dans un format exploitable, préavis, renouvellement et propriété des données dérivées.
Les questions à poser à chaque éditeur
- Cas d'usage
Montrez nos trois tâches sur nos données
- Interfaces
Une API documentée, des exports et les intégrations dont nous avons besoin
- Données
À qui elles appartiennent, où elles sont stockées, comment tout récupérer
- Consentement
Des choix enregistrés, respectés et transmis aux autres outils
- Conditions commerciales
Prix publiés, durée, renouvellement et conditions de sortie
- Fonctions d'IA
Des preuves sur nos données, pas un scénario de démo
Un exemple (illustratif)#
Une entreprise illustrative, pas une société réelle : une enseigne régionale qui dispose d'un CRM, d'un outil d'e-mailing, d'un site sur un CMS et d'un outil de mesure d'audience. Elle veut envoyer des messages selon ce que les gens consultent et achètent, en ligne et en magasin.
- Les tâches (1) Une relance de panier par e-mail dans la journée, uniquement aux personnes qui l'ont acceptée. (2) Une vue unique des achats en ligne et en magasin de chaque membre du programme de fidélité. (3) Un rapport mensuel qui relie les campagnes aux ventes.
- L'audit Deux outils détiennent les coordonnées, avec des champs de consentement différents ; les balises de mesure se déclenchent avant la réponse au bandeau ; personne n'est responsable de la synchronisation entre le CRM et l'outil d'e-mailing.
- Les décisions Le consentement d'abord : le CRM devient la référence du consentement, et les balises l'attendent. Pour la tâche 2, l'équipe compare le module complémentaire de l'éditeur du CRM à une CDP, retient deux CDP dans l'annuaire et mène un pilote limité dans le temps, sur des données réelles, au regard des trois tâches. La tâche 3 entre dans le cadre de mesure avant le choix de tout outil.
- Ce que l'équipe ne fait pas Elle n'achète pas de nouvel outil d'e-mailing : l'actuel peut assurer la tâche 1 une fois le consentement remis en ordre.
Erreurs fréquentes#
- Acheter des fonctionnalités plutôt que des tâches. Une longue liste de fonctionnalités sans cas d'usage écrit mène tout droit à une pile sous-utilisée.
- Deux systèmes de référence pour le même champ, surtout le consentement, si bien qu'une personne désinscrite dans un outil reçoit encore des e-mails d'un autre.
- Oublier la sortie. Un outil qui ne peut pas vous rendre toutes vos données dans un format exploitable possède votre fichier clients.
- Oublier les personnes. Un outil sans responsable, sans formation et sans temps dépérit ; le taux d'utilisation de 49 % relevé par Gartner en est le résultat3.
- Ajouter un outil pour réparer un processus. Si les briefs, les validations ou la saisie des données sont défaillants, un nouvel outil automatise le problème.
- Juger un outil sur sa seule licence. La mise en œuvre, l'intégration et les personnes qui le font tourner coûtent généralement davantage sur sa durée de vie, et elles ont leur place dans la comparaison dès le départ.
Passer à l'action#
- Dessinez votre pile sur les quatre couches et marquez le système de référence des données clients, du consentement, des actifs et des résultats.
- Listez chaque connexion : ce qui circule, dans quel sens, à quel rythme, et qui la répare.
- Désignez un responsable par couche dans la matrice RACI de l'intégration.
- Retirez ou remettez en état un outil sous-utilisé avant d'en acheter un autre.
- Pour le prochain achat, écrivez trois à cinq cas d'usage, établissez la liste avec Trouver sa pile et Comparer, et testez sur vos données.
- Mettez le coût et l'effet attendu dans un business case, avec les conditions de sortie à côté du prix.
Pour aller plus loin#
- La taille et la forme du marché : la cartographie 2025 de Brinker et Riemersma1 et le compte rendu de CMSWire2.
- L'usage des piles : l'enquête 2025 de Gartner sur les technologies marketing3 et son enquête auprès des responsables martech sur les agents IA4.
- Les briques : la définition du CDP Institute5, les guides de Google sur le taggage côté serveur6 et le mode consentement7, le cadre de consentement d'IAB Europe8, les recommandations de l'IAB Tech Lab sur les clean rooms9 et les lignes directrices du CEPD sur les techniques de suivi10.
- La suite de ce parcours : données first-party et CDP, consentement, identité et cookies et l'IA dans le marketing.
Sources
Chaque affirmation qui mérite d'être vérifiée, avec de quoi la vérifier.
- 2025 Marketing Technology Landscape Supergraphic: 100X growth since 2011, but now with AI (Scott Brinker and Frans Riemersma)chiefmartec · 2025-05
- The martech supergraphic has grown up: 15,000-plusCMSWire · accessed 2026-10
- Boost Martech Performance and Prepare for AI (on the 2025 Gartner Marketing Technology Survey)Gartner · accessed 2026-10
- Gartner Survey Finds 45% of Martech Leaders Say Existing Vendor-Offered AI Agents Fail to Meet Their Expectations of Promised Business PerformanceGartner · 2025-10-29
- The customer data platform definition, and the RealCDP checklist (David Raab, founder of the CDP Institute)CustomerThink · accessed 2026-10
- An introduction to server-side tagging (Google Tag Manager, server-side)Google for Developers · accessed 2026-10
- Consent mode overview (Tag Platform)Google for Developers · accessed 2026-10
- Transparency and Consent Framework (TCF)IAB Europe · accessed 2026-10
- Data Clean Rooms GuidanceIAB Tech Lab · 2024-07
- Guidelines 2/2023 on Technical Scope of Art. 5(3) of ePrivacy Directive, version 2European Data Protection Board · 2024-10-07